Fondation impériale et icône de Saint Luc
Selon la tradition, l’ermite Isaïe obtient de l’empereur Alexis Ier Comnène, après une série de signes providentiels, la donation de l’une des icônes de la Vierge peintes par Saint Luc l’Évangéliste. Apportée de Constantinople à Chypre vers 1092, cette icône est le cœur spirituel du sanctuaire. Elle représente la Theotokos selon le type Eleoussa (Vierge de tendresse), mais son état iconographique est inconnu du public : elle est entièrement recouverte d’une châsse en argent doré et d’un voile de soie rouge. Aucun être humain ne peut la regarder directement, sous peine, dit la tradition, de perdre la vue. Le monastère reçut des dotations impériales successives garantissant son indépendance financière.
Architecture, mosaïques et musée
Les bâtiments actuels datent principalement du XXe siècle (l’édifice a brûlé à plusieurs reprises, notamment en 1365 et 1541). Les galeries intérieures sont entièrement recouvertes de mosaïques dorées représentant des scènes bibliques et des saints orthodoxes, réalisées entre 1991 et 2008 par des artistes grecs — un programme iconographique parmi les plus ambitieux de la Méditerranée orientale contemporaine. Le musée du monastère expose des ornements sacerdotaux byzantins, des manuscrits enluminés, des icônes des XVIe-XIXe siècles et des objets liturgiques offerts par des souverains orthodoxes. La salle du trésor est l’une des plus riches de l’orthodoxie chypriote.
Pèlerinage et accès
Kykkos est accessible depuis Nicosie (90 km) ou Limassol (80 km) par une route de montagne panoramique à travers le massif du Troodos. Le monastère est ouvert toute l’année ; la fête principale est le 15 août (Dormition de la Vierge), qui attire des pèlerins de toute l’île et de la diaspora chypriote mondiale. À 2 km du monastère se trouve le tombeau de l’archevêque Makarios III, sur le mont Thróni, lieu de recueillement national. À associer avec le monastère de Stavrovouni et les églises peintes du Troodos.