L’apparition de 1883 et la fondation du sanctuaire
Le 28 juin 1883, une paysanne de Gozo, Carmela Grima, entend en passant devant une chapelle abandonnée une voix l’invitant à réciter trois Ave Maria. Peu après, son voisin Francesco Portelli, gravement malade, recouvre la santé après une prière en ce lieu. Les guérisons se multiplient. La chapelle Ta’ Pinu — dont le nom vient de Filippu (Pinu), un habitant pieux qui en avait financé la restauration au XVIe siècle — devient un lieu de dévotion intense. L’évêché de Gozo, après enquête, reconnaît les faits. Les travaux de la basilique néo-romane débutent en 1920 et s’achèvent en 1931 : l’édifice, à triple nef et campanile de calcaire, s’élève dans la campagne de Gharb, face à la mer. La chapelle originelle du XVIe siècle est intégrée dans l’axe de la nouvelle basilique, derrière le chœur.
Les ex-voto et la dévotion populaire
Ta’ Pinu est l’un des sanctuaires les plus riches d’ex-voto de la Méditerranée catholique. Des couloirs entiers tapissent des milliers de plaques, photos, modèles de bateaux, béquilles et objets déposés en signe de gratitude depuis le début du XXe siècle. Ces ex-voto constituent un document de sociologie religieuse maltaise : naufrages évités, guérisons, prisonniers de guerre rentrés vivants, survivants des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. La statue de la Vierge de Ta’ Pinu, une Madone de facture flamande du XVIIe siècle, est habillée de broderies précieuses offertes par des fidèles. Une Via Crucis en plein air serpente dans les champs autour du sanctuaire, permettant une méditation dans le paysage aride et lumineux de Gozo.
Les visites de Jean-Paul II
Jean-Paul II se rendit en pèlerinage à Ta’ Pinu lors de sa première visite pastorale à Malte en mai 1990, priant devant la statue de la Vierge et rencontrant les familles de Gozo. Il y retourna lors de son second voyage maltais en mai 2001. Ces deux visites pontificales ont amplifié le rayonnement international du sanctuaire. Ta’ Pinu accueille aujourd’hui des pèlerins d’Australie, du Canada et du Royaume-Uni, où la diaspora maltaise est particulièrement dense. La fête de l’Assomption (15 août) est l’occasion du pèlerinage le plus fréquenté, avec des processions depuis les villages voisins jusqu’au sanctuaire à l’aube.